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Que faire?

Dernière mise à jour : 16 juin 2023

Que faire ? C'est LA question. Accepter de ne rien y pouvoir? Trouver sa place à faire tourner le monde qui s'en va? Contribuer malgré nous à sa perte? Une grande démission et un regard lucide sur soi : il faudrait que nous soyons légion à le faire sans nous y perdre et en nous y retrouvant les uns les autres.

Comprendre la logique du désir, envisager de s'extraire le temps d'une respiration du bain de langage dans lequel nous naviguons, qui nous vogue et nous chavire sans que nous n'en sachions vraiment rien. Se rendre compte que l'aliénation est notre condition, que l'impuissance est un leurre qui trompe l'impossible, ce réel qui nous retient des abysses où toute lumière s'éteint, où gîte notre demeure et dont ne nous parvient que l'écho du silence, à nous inspirer le mythe de nos origines. Reconnaissons ainsi les limites que nous imposent le langage - limites indépassables - et gravons cette certitude dans le marbre de nos constitutions. L'égalité n'existe pas et nous sommes tous serfs des signifiants qui nous représentent et entre lesquels nous nous mouvons, en avant et à-rebours d'eux, sans cesse dévoilés et aussitôt recouverts, car telle est la respiration de notre désir, la structure du sujet.


Cette découverte de la psychanalyse qui embrasse la question des origines, cerne ce qu'elle peut des mythes qui fondèrent les premières sociétés humaines, leur organisation, leurs relations et leurs institutions, c'est la reconnaissance du signifiant et de sa limite, ce réel au-dessus duquel flotte cet îlot de sens, terre du symbolique que balayent les vents de l'imaginaire.

Les hommes ont recouvert le réel des mots et des artefacts (qui le créent comme leur limite interne), à partir de cette reconnaissance de l'Autre, qui de son souffle vint donner aux choses la substance du signifiant, alors que le réel lui fait signe. C'est là et ça demande à être dit.


C'est là et ça demande à être dit. Et ce dit ne va jamais sans dire. C'est de cette dialectique du dire et du dit, de son mouvement, que le sujet, se divise et devise son désir. Le sujet est devenir qui toujours fait retour en lui-même en même temps qu'il se négative, dans une contradiction toute hégelienne, une égalité à soi-même dans la différence, une négation de négation qui se positive et ainsi de suite, dans le procès d'une métonymie du manque-à-être.


Qu'est-ce-que cela a à voir avec la question? En ces jours moroses où le sentiment et le savoir de notre impasse se font sentir dans toutes les poitrines, avec les réponses symptomatiques propres à chacun, appareil plus ou moins sophistiqués de résistances, d'accrochages fantasmatiques aux idéologies contemporaines, toujours plus pauvres et prisonnières de signifiants éculés ou trop verts qui peinent à décrire le réel dont les tentacules se déploient dans notre im-monde à mesure que les symboles s'affaiblissent ou disparaissent, forclos. Et c'est le b-a-ba lacanien qui fait de toute chose forclose du symbolique la condition d'un surgissement dans le réel, comme hallucination, délire, folie, apocalypse paranoïaque ou paraphrénie millénariste, en lutte contre l'absorption par un Autre jouisseur ou invoquant le Un salvateur, le réalisant en faisant appel à toutes les métaphores de l'imaginaire actualisées par l'Histoire.


Extractions et voyages multi-dimensionnels par le simple vaisseau de la méditation, sensitivité de l'outre-monde, espaces ouverts à tous les possibles nirvanesques, toute-puissance océanique, communications spectrales, énergies des infra-lieux qui n'ont pour limite que celles de l'imagination, alors que les portes de la science s'entrouvrent aux multivers, à l'intérieur desquels s'engouffrent l'oeil malade des sectaires, mystiques débordant leurs systèmes-mondes clos, délirants, dans le grand marasme psycho-fourre-tout du développement personnel, dont le flux idéel synthétique alimentant la régression à l'échelle mondiale -ou disons plutôt, occidentale- n'a d'égal que son reflux obscène, masses d'argent brassée par l'économie de l'ignorance.


Cette dérive du Un, cette fuite en avant de la signification dans le langage, la perversion communicationnelle qui dédit le dit d'hier et maudit celui de demain, l'hybridation du discours capitaliste et du discours de la science, on les retrouve évidemment dans la sphère politique, où la novlangue détourne et retourne le sens des mots pour justifier le déni et l'absurdité, l'absence de toute raison, en se réclamant d'un savoir technocrate et économique ou d'un "consensus" scientifique.


C'est un appauvrissement. Quand tout se rejoint dans la fixité de l'Être, les choses s'équivalent et ne signifient plus rien. La logique ne s'embarrasse plus d'exister dans le rapport humain, ensevelie sous les sables du déni pervers déroulant notre présent perpétuel, ou débordée et annulée par la force magique prêtée à l'intuition du vrai, mystique unaire dépouillée des mots, ne s'encombrant en aucun cas d'un développement qui emprunterait à la rationalité - et en cela bien moins subversive et sophistiquée que les raffinements rhétoriques de la théologie.


Cette absence et ce déni de toute logique ouvrent les perspectives les plus sombres quant à l'évolution de nos sociétés. Les mots sont détournés, pervertis, jouent de résonnances creuses, n'engagent plus aucune parole, ne se soutiennent d'aucun dire. Ils sont des marionnettes agitées par des marionnettes, désarticulés, dépiécés, remplacés, jetés aux ordures. Ils divertissent, nous amusent, nous exaspèrent mais toujours alimentent la jouissance au détriment du désir. Ils ne portent plus, ne s'inscrivent plus, ne laissent entrevoir aucune possibilité d'individuation et de trans-individuation. dans leur renchérissement subversif, ils ignorent ce qui pourrait en être de la véritable subversion, positive celle-là.


S'il y a une vérité que la psychanalyse a investie et dont elle se fait gardienne, c'est bien celle du langage et de ses effets sur les parlêtres que nous sommes. Il est à craindre qu'elle se révèle comme monstruosité, à vouloir forclore et caricaturer les apports de Freud et de Lacan. En renversant l'adage, nous pourrions dire : "Si tu ne t'occupes pas de la vérité, la vérité s'occupera de toi".



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