top of page

Adresse

21, rue Pierre Gourdel
35000 Rennes, France

Téléphone

06 59 34 19 87

E-mail

Les trois temps de l'Oedipe

  • Photo du rédacteur: Antoine Kauffmann
    Antoine Kauffmann
  • 13 mai
  • 6 min de lecture

Dans la continuité du post précédent, nous allons parler des trois temps de l’Oedipe.


Le premier temps survient à partir de la triade mère-enfant- phallus. C’est “être ou ne pas être l’objet du désir de la mère”. Le petit sujet s’identifie en miroir à ce qui est l’objet du désir de la mère. Cette "étape phallique primitive", précisons que c'est “celle où la métaphore paternelle agit en soi, pour autant que déjà, dans le monde, la primauté du phallus est instaurée par l’existence du symbole, du discours et de la Loi.” Lacan nous dit ici que ce phallus imaginaire, que l'enfant repère chez la mère comme possibilité de combler le manque, est surdéterminé par la Bejahung (l'affirmation), la reconnaisance préalable de l'ordre symbolique par la mère et l'enfant. Cette affirmation de la présence d'une absence creusée par le signifiant signe également l'assomption de l'ordre phallique en tant qu'il est le symbolique lui-même : ce qui est reconnu de la division de l'être comme étant sa loi, son origine, son défaut, ce signifiant -le phallus- permet de médier le rapport du sujet à cette partie perdue, arraché par le signifiant lui-même.


Pour autant, cette affirmation se joue à cette étape comme à la fois sa marque et son déni. Le phallus imaginaire est un miroir aux alouettes agité tour à tour par la mère et l'enfant, qui tentent tous deux de fétichiser le phallus, d'en faire une totalité obstruante. On peut de ce fait rapporter ce premier temps à l'épreuve de la frustration : le sujet ressent l'insatisfaction sur le plan de son narcissisme et de la toute-puissance de l'Autre. De la même façon qu'il était frustré du sein d'une mère qui le faisait attendre, il est frustré de ne pouvoir être, d'incarner, réellement, l'objet de son désir. Rappelons-nous que la frustration est définie par Lacan comme le manque imaginaire d'un objet réel.


Au deuxième temps, le père intervient comme privateur de la mère. “Et c’est à ce niveau que se produit quelque chose qui fait que ce qui revient à l’enfant est purement et simplement la Loi du père en tant qu’elle est imaginairement, par le sujet, conçue comme privant la mère.” Ce deuxième temps “détache le sujet de son identification” et “le rattache en même temps à la première apparition de la Loi sous la forme de ce fait : que la mère est là-dessus dépendante, dépendante d’un objet, d’un objet qui n’est plus simplement l’objet de son désir, mais un objet que l’autre a ou n’a pas.” On passe de la dialectique de l’être à celle de l’avoir.  


À ce moment-là, Lacan nous rappelle le cas du petit Hans, dont la mère avait une attitude ambivalente, à la fois interdictrice et permissive, désignant le caractère dégoûtant des prémices onaniques de son enfant tout en l’acceptant dans son intimité. Ainsi, elle “l’encourage à tenir cette fonction de l’objet imaginaire pour lequel effectivement, le petit Hans lui rend les plus grands services. Il incarne bel et bien pour elle son phallus et le petit Hans comme tel est maintenu dans la position d’assujet. Il est assujetti, et c’est toute la source de son angoisse et de sa phobie.” 


Nous avions opéré un rapprochement entre le premier temps et la frustration. De la même façon, ce deuxième temps est celui de la privation, c'est-à-dire de la mise en exergue du manque réel de l'objet symbolique. Le père vient révéler et sanctionner le manque dans la mère. Il fait d'un trou béant une place vide, en quelque sorte. Ainsi, il désigne la place du phallus symbolique.


Enfin, le troisième temps, dont dépend la sortie du complexe d’Œdipe, c’est l’intervention du père en tant qu’il a le phallus, mais en tant que réinstauré comme “objet désiré de la mère et non plus seulement comme objet dont le père peut priver”. Le père tout-puissant est le père privateur du second temps. À ce sujet, Lacan nous rappelle que, “au temps où on pensait que tous les ravages du complexe d’Œdipe dépendaient de l’omnipotence du père du père [...], on ne soulignait pas que la castration qui s’exerce, c’était la privation de la mère, et non pas de l’enfant”. Le père du troisième temps n’est pas privateur, il est donateur : “c’est pour autant que le père peut donner à la mère ce qu’elle désire, peut le donner parce qu’il l’a - et ici intervient le fait précisément de la puissance au sens génital du mot, disons que le père est un père potent". C’est à partir de cet acte de restitution que l’identification de l’enfant à l’instance paternelle peut se faire.  


De même, Lacan nous dit que l’identification à l’instance paternelle s’est faite en trois temps. Premièrement, sous sa forme voilée, comme posant la question du phallus dans ce monde où règle la loi du symbole. Deuxièmement, sous sa forme privatrice, “en tant qu’il est celui qui supporte la Loi”, et par la médiation de la mère “qui le pose comme celui qui lui fait la Loi”. Troisièmement, sous sa forme révélée, en tant qu’il intervient comme celui qui l’a. C’est à ce moment-là qu’il est intériorisé par l’enfant comme idéal du moi dans le sujet et que le complexe d’Oedipe décline.


“La sortie du complexe d’Œdipe consiste en ceci : en effet, on peut dire qu’apparemment il est déchu de l’exercice de ces fonctions qui avaient commencé à s’éveiller. Néanmoins, si tout ce que Freud a articulé a un sens, ça veut dire qu’il a en poche tous les titres à s’en servir dans le futur. La métaphore paternelle joue là un rôle qui est bien celui auquel nous pouvions nous attendre de la part d’une métaphore : c’est d’aboutir à l’institution de quelque chose qui est de l’ordre du signifiant, qui est là en réserve. La signification s’en développera plus tard. L’enfant a tous les droits à être un homme, et ce qui sera plus tard contesté de ses droits au moment de la puberté, c’est pour autant qu’il y aura quelque chose qui n’aura pas complètement rempli cette identification métaphorique à l’image du père, pour autant qu’elle se sera constituée, mais à travers ces trois temps.” 


Ce troisième temps introduit à la castration en tant que réalisée et pacifiée. Le petit sujet a saisi : 1) qu'il n'était pas possible d'être le phallus ; 2) que sa mère ne l'avait pas ; 3) que le père pouvait le donner à la mère. Le père remet en circulation le signifiant phallique et permet à l'enfant d'en être, plus tard, le dépositaire et, à son tour, le transmetteur.


Enfin, Lacan ajoute que pour la femme, cette troisième étape est beaucoup plus simple, qu’elle n’a pas à faire cette identification, recevoir par prorogation ce titre à la virilité. “Elle, elle sait où il est, elle sait où elle doit aller le prendre : c’est du côté du père, vers celui qui l’a, et cela vous indique en quoi ce qu’on appelle une féminité, une vraie féminité a toujours un peu aussi une dimension d’alibi. Les vraies femmes, ça a toujours quelque chose d’un peu égaré”. 


Le Père est ce signifiant dans l’Autre qui représente “l’existence du lien de la chaîne signifiante comme telle en ce qu’il se place [...] au-dessus de la chaîne signifiante, dans une position métaphorique”. C’est pour autant que la mère fait du père celui qui sanctionne par se présence l’existence comme telle du lieu de la Loi que le troisième temps du complexe d’Oedipe peut être franchi. 


À partir de ces trois temps, on peut imaginer à grands traits ce qui pourrait se produire si le garçon comme la fille, ne voyait pas ce troisième temps se réaliser. Dans le cas où le père n’apparaitrait alors que comme privateur, rival tout-puissant et tyrannique, l’identification du garçon ne pourrait pas se faire sur un mode autre qu’imaginaire, à savoir sur le plan du miroir, de l’agression, du “moi ou lui”. À moins qu’il ne s’identifie à la mère privée, signant le caractère passif et soumis. Chez la petite fille, ce père privateur pourrait apparaître comme un prédateur, un spoliateur ou un imposteur, qui retire sans rien offrir, amertume qui la précipiterait dans la revendication phallique ou le refus de la féminité, un rapport aux hommes marqué par la déception systématique et la rivalité.

 
 
 

Commentaires


bottom of page